Les producteurs s'adaptent à la demande, mais les politiques sont quand même un peu basées sur le long terme.laphroaig c moi a écrit :La crainte aussi, si ce sont les blends qui marchent fort en Asie, est-ce que ce n'est pas que de plus en plus de distilleries fabriquent leur whisky pour les blends et pas pour faire du single ?
Les état-majors sont probablement écartelés entre la pression des actionnaires de faire de l'argent immédiatement en allant vers les marchés "nouveaux riches" mais peu connaisseurs prêts à payer pour de l'emballage (cf post de Lafrog), et celui de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier en conservant l'acquit auprès des marchés "murs", c'est à dire ceux qui connaissent les produits et qui recherchent la qualité et qui veulent des Singles.
Il y a un exemple historique. Pendant 30 ans, le Cognac - entre les mains de 5 grandes maisons aux politques commerciales semblables - s'est entièrement dédié aux marchés asiatiques avec des cuvées sans pédigree VSOP, VS, XO, packagés dans de superbes bouteilles ou carafes. Les maisons dépensaient sans compter pour créer des emballages attirants (Je connais un maquetiste qui travaillait pour Hennessy, lesquels dépensaient des millions de francs pour modifier des étquettes avec force études qualitatives et autres éssais, maquettes, photos en situation, etc... à chaque modification d'un seul trait sur l'étiquette).
Il s'en est suivi une crise majeure et des arrachages massifs de vignes, parce que les marchés traditionnels peu amateurs de paillettes et moins argentés se sont effondrés, comme le marché français, et que les marchés asiatiques forts comme le Japon se sont désinteressés au fil des ans de ces bouteilles aguicheuses en se tournant vers d'autres produits aux prix plus réalistes (Bourbon, whisky de malt, etc...).
Cette tendance s'est montrée irréversible, parce qu'au moment où les cognaçais ont voulu refaire des efforts sur le marché français, celui-ci se trouvait en situation de baisse de consommation d'alcools, et avait appris à consommer le malt en apéritif, moins cher et plus digeste que les Cognacs digestifs sombres, taniques et chargés, l'essentiel de la production de Cognac.
Ila avaient en particulier délaissé la "fine à l'eau" qui était très en vogue dans les années 1950 en France. Produit fruité et peu chargé, elle se consommait comme le pastis, à l'apéritif. C'était un produit délicieux, mais très concurrentiel, avec peu de valeur ajoutée. D'où le choix des marchés asiatiques et des cuvées à forte valeur ajoutée.
Les efforts prodigués depuis 10 ans pour relancer le Cognac apéritif ont été vains (cf Hennessy glace), ou en tous cas pas assez fructueux pour écouler une partie significative de la production des 100.000 hectares de vignes de la région d'appellation Cognac.
Est ce que cette leçon sera comprise par les Ecossais (en fait, par les dirigeants des groupes propriétaires des sociétés leaders Ecossaises, dont peu sont Ecossais) ?
Vers quelle direction se tournera finalement le Scotch ? Nous ne savons pas. Nous ne savons pas non plus si toutes les maisons adopteront la même démarche, mais la concentration des moyens de production entre quelques mains très puissantes et un tantinet "technocratiques" ne peut que nous inquiéter : ceux qui dirigent au sommet l'industrie du whisky ne sont pas, sauf exception, des connaisseurs. Ils ont plus tendance à suivre les indications données par des études financières (ils ont tous les mêmes études peu ou prou) que par le flair ou la passion du produit.
Nous ne savons pas non plus avec quelle constance les politiques adoptées seront suivies, et si elles ne s'infléchiront pas avec le temps.



