Qu'est-ce qu'un extrait sec, pour commencer ? Très simple: à la fin de votre dram, lorsque la dernier gorgée est ingurgitée, plutôt que de laver le verre, laisser le reposer jusqu'à ce que le liquide se soit complètement évaporé (plusieurs heures, voire une nuit).
Déjà, profiter de cette attente pour venir le noser de temps et à autre, et vous remarquerez souvent des choses intéressantes.
Mais ce qui nous intéresse ici, c'est ce qu'on peu humer un fois tout le liquide évaporé.
Il n'y a parfois plus rien du tout, parfois quelques senteurs très légères, mais assez souvent, on y trouve des effluves assez expressives.
Je me livre systématiquement à cet exercice dans mes dégustations à domicile, et ce qui m'interpelle, c'est qu'il ne semble pas y avoir de corrélation systématique et logique entre ce qu'on perçoit pendant la dégustation ou quelques temps après, et ces fameux extraits secs. Non seulement le profil n'a pas forcément grand chose à voir, mais c'est l'intensité même, l'expressivité des arômes qui peut être très différents.
Un exemple sur ma dégustation d'hier soir, si je reprends mon post du topic "ce soir c'était ...":
Et maintenant les extraits secs perçus ce matin, vers 6h30 du mat':canis lupus a écrit : - Tamdhu 25yo 43%: Bouteille achetée déjà entamée. Pas hyper démonstratif, ni facile à cerner. Manque un peu d'expressivité, mais montre une belle évolution et, à sa manière discrète, une certaine complexité. Semble avoir besoin d'énormémment d'ouverture dans le verre.
- Glen Grant BBR Boisdale 1972-2006 46%, sherry cask n°1983, 244 bottes: Bouteille achetée déjà entamée. Peut-être bien la déception de la soirée. Ça ne raconte vraiment pas grand chose et on est pas loin de la sur-dilution. Surprenant pour GG de 1972 ayant passé 34 ans dans un fut de xeres. Ceci dit, aucun défaut, aucune note désagréable.
- Highland Park 12yo 43%, ancienne bouteille ronde conique, étiquette bandeau noir: Entame de la bouteille. Encore une qui a un peu de mal à démarrer mais qui laisse entrevoir petit à petit de belles choses, même si ça reste discret. A la façon des sherry casks G&MP qui semblent bien peu bavards à l'ouverture de la bouteille, mais qui s'expriment généreusement après quelques semaines. Un beau potentiel d'ouverture, donc.
- Bladnoch 20yo 55.9%, 35cl: Entame de la bouteille. Là par contre, ça cause, et plutôt bien. Me rappelle beaucoup le 19yo que Raymond Armstrong avais amené pour le witch 2009 (ou 2010 ?) avec une étiquette spécifique. Pas mal de fruit, des notes herbacées. Ça m'a amené à penser à Littllemill, maintenant que j'en ai goûté quelques uns. Je trouve des rapprochements entre les profils des sorties plus ou moins récentes de ces deux distilleries, alors que ce n'est pas le cas avec les autres Lowlands que j'ai pu goûter. L'eau l'adoucie, le rend plus easy drinkable, mais change assez vite l'herbacé en boisé.
- Port Ellen DD 28yo 54.5%, 1983-2011, 35cl, for spirits in the sky: Entame de la bouteille. Semble étonnamment doux et posé, subtil, presque discret eu égard à son degré d'alcool. En fait, on ne perçoit le taux d'alcool qu'au moment de l'ingestion, car il a une tendance à bien chauffer l'œsophage. La tourbe est très discrète au nez, presque ciselé, et plus présente en bouche. Des agrumes, surtout citron jaune, marinade au citron. Quelques notes de fruits confits. Assez maritime, et une certaines minéralité, sur les coquillage sur la plage, après un gros ensoleillement. Mais ça manque quand même de générosité. L'eau ne lui fait quasiment ni chaud ni froid.
- Bowmore 100 degrees proof 57.1%, 1litre: Entame de la bouteille. Ben ça par contre, ça envoie sévère. Un vrai mustang sauvage. Une tourbe massive, grasse, limite poisseuse, et un sherry qui fait tout son possible pour ne pas s'en laisser compter, et qui y réussit. Ça fait passer un Laimrig pour truc light et subtile, en comparaison. C'est pas un peaty sherry, mais plutôt un peaty vs sherry. Le ressenti de tourbe donne l'impression de pouvoir ridiculiser le premier Supernova ou Octomore venu. C'est vraiment du poids lourd, sans finesse, hyper dense, avec énormément de matière en bouche. Un whiskys de démonstration, en quelque sorte. Gageons qu'avec autant d'énergie, il puisse devenir quelque chose d'assez énorme quand l'ouverture en bouteille aura un peu harmonisé et équilibré tout ça. Jouissif à sa manière, en tout cas.
- Tamdhu 25yo 43%: Intensité moyenne, assez précis, sur des fruits, et légèrement épicé
- Glen Grant BBR Boisdale 1972-2006 46%, sherry cask n°1983, 244 bottes: Rien, nada, ou alors quelques vagues effluves de céréale.
- Highland Park 12yo 43% Très fermier, sur l'étable, et fromager, sur le fromage frais, le fromage de chèvre.
- Bladnoch 20yo 55.9%, 35cl: Assez léger, herbacé
- Port Ellen DD 28yo 54.5%, 1983-2011, 35cl, for spirits in the sky: Tourbe très sèche, aussi sèche que de l'herbe coupé abandonné sous un soleil de canicule.
- Bowmore 100 degrees proof 57.1%, 1litre: Très discret, à peine plus que le GG Boisdale.
Voilà, et chaque dégustation que je fais, j'ai droit le lendemain matin à ce genre de surprises assez incompréhensibles, ou du moins dont l'éventuelle logique m'échappe.
J'aimerais avoir vos propres expériences sur le sujet, ainsi que vos idées sur l'explication de ce phénomène.


