Brieuc a écrit : ↑15 janv. 2020, 12:07
Je vous rejoins là-dessus, il y a en effet un constat initial à dresser avant de parler de tout ça : il n'y a pas un mais
des marchés du whisky, qui fonctionnent avec des caractéristiques d'offre et de demande propres, et dont l'évolution est sans doute très peu extrapolable à celle des autres sous-marchés.
Pour ma part je commençais à me poser un peu la question d'un début d'éclatement d'une des "sous-bulles" quand j'ai vu récemment de façon répétée certaines références (typiquement récentes mais assez bien cotées / limitées / "en vue") partir nettement moins cher que ce qu'elles ne partaient précédemment sur les mêmes sites. Je ne citerai pas d'exemple précis mais sur certaines bouteilles ça m'a intrigué.
Cependant, pour un exemple qui va dans ce sens, on peut très certainement en trouver un qui va dans l'autre sens, même au sein du même sous-marché.
Pour ce qui est de Karui, j'aimerais croire effectivement à une bulle inévitable vu la nature purement spéculative de ce sous-marché, mais une fois encore, c'est presque à se demander si il n'y a pas plusieurs sous-marchés différents au sein de Karui-même. Entre d'une part les Noh par exemple, qui ont été dégustés par de nombreuses personnes et dont la réputation qualitative est fortement établie, et les innombrables non-single casks de 1990-2000 qui eux en revanche n'ont pour l'énorme majorité jamais été ouvert et dont la qualité est visiblement très inégale ... il y a un monde. Je vois bien ce second sous-marché se casser la gueule, pourquoi pas à court terme, mais le premier ... je suis moins sûr.
C'est clair qu'il n'y a pas de marché homogène, ni en termes de catégories, ni même géographiquement.
Là où il y a le plus de "bulles" qui éclatent ou menacent d'éclater, c'est certainement sur les produits très marketés, vendus en grande quantité, type série Game Of Thrones - il me semble que les prix ont explosé rapidement sur certaines bouteilles, puis que tout ça s'est tassé et a fini par baisser, car l'offre était finalement largement suffisante pour répondre à la demande.
Sur Karuizawa, c'est toujours difficile à évaluer, car c'est une catégorie à lui tout seul - un peu comme Macallan par exemple.
La série des Asama (car je ne peux pas appeler ça décemment Karuizawa) du Mont Fuji par exemple est clairement conçue pour les collectionneurs, et pas pour les amateurs. Il est évident que très peu de bouteilles seront bues. C'est une série sur laquelle les prix évoluent peu pour le moment et peuvent même finir par se tasser - mais il est peu probable qu'ils finissent sous leur prix de vente initial, déjà excessif.
A l'autre bout du spectre, les quelques cuvées des années 60, vendues à un prix très très élevé, sont également des releases pour collectionneurs (et éventuellement quelques très riches amateurs), probablement jamais bues, on est à mon sens plus près du marché de l'art, avec tout ce que cela comporte d'incertitudes, de manipulations sur les cotes, de versatilité du marché, etc.
Entre les deux, ce que j'appellerais les "vrais" Karuizawa (fin années 60's, 70's & 80's) sont à la fois des bouteilles pour les amateurs (la plupart sont des whiskies monstrueux qui n'ont pas volé leur réputation) et des objets de collection (et collection rime avec spéculation). Il y en a eu beaucoup de bues au départ, moins maintenant, mais toujours un peu. Cette catégorie devrait rester sur une tendance à la hausse, avec des soubresauts: bouteilles chères, recherchées, excellentes à boire, et dont le volume décroît au fil des ans. Peu probable que le marché baisse significativement, même si des tassements surviennent de temps à autre. On est visiblement en ce moment sur une période haussière sur ces bouteilles dans les enchères (Noh 1983 à plus de 5000-5500, alors qu'il était à 2500-3000 il y a un an, certains 1981 qui dépassent 4000, etc.).
Ce qui me frappe, c'est que, après avoir fait plusieurs gros festivals de whisky (deux fois Rotterdam et une fois Limburg) ces derniers 18 mois, il n'y a (quasiment) aucun Karuizawa ou Hanyu proposés à la dégustation - alors que vous y trouverez des vieux Samaroli, Bonfanti, Macallan vénérables et toutes sortes de bouteilles notées très haut tant sur WB que sur Whiskyfun. Il n'y a guère qu'au Golden Promise qu'on propose encore ce genre de whisky.
J'ai observé un phénomène amusant sur certaines bouteilles anciennes et rarissimes (généralement les vieux imports italiens) qu'on peut identifier facilement car elles sont généralement numérotées (je l'avais d'abord remarqué sur les Clynelish Giaccone, mais ça se vérifie sur plein de bouteilles de ce niveau). Des flippers - spéculateurs à très court terme - ont beaucoup joué cette année sur cette catégorie... pour se casser les dents à l'arrivée, signe que même sur des bouteilles très recherchées et très chères, on ne peut pas faire n'importe quoi non plus.
Exemple: Clynelish Giaccone short cap rotation 1969 sur Auctioneer, quelqu'un achète la bouteille 269 sur la session de septembre pour 4500£ (hammerprice, donc avant commission, TVA, etc.). Que fait l'acquéreur? Il demande au site de remettre la bouteille en vente lors de la prochaine session au lieu de lui envoyer la bouteille, misant sur la montée des cours (là, on est tout de même au summum de la spéculation, avec une bouteille qui ne passe jamais entre les mains de l'acquéreur, on reste dans un simple flux financier). La 269 apparaît donc lors de la session de novembre et part pour... 4200£. Et pan dans tes dents, spéculos! Et vous pouvez vous amuser à regarder l'historique, il y en a plein comme ça sur l'année 2019. Beaucoup de spéculateurs essayent aussi de remettre aussitôt en vente avec un prix de réserve qui devrait les protéger contre une perte, auquel cas généralement les bouteilles ne se vendent finalement pas...
