En parallèle avec FB, voilà un retour de la soirée dégustation d’hier chez Hubert Corman, avec un beau line up de choses nouvelles et moins nouvelles :
2 rhums agricoles : le St James 1998 Single Cask 43,8° et le Rhum Rhum Libération 2015 Full Proof.
2 rhums de mélasse : l’El Dorado Versailles 2002-15, et le Vélier Caroni 17 ans 55°.

Réunis comme à chaque fois dans la cave sous le magasin, ambiance des grands soirs, on attaque directement avec le St James 1998 Single cask : grande année en Martinique, beaucoup de maisons ont choisi de millésimer le produit de cette récolte. Levures « maison », vieilli en fût de chêne américain (Quercus Alba) de 200 litres, et embouteillé au degré naturel du fût en 2009 (5 fûts au total):
Aspect : assez sombre, très gras pour ce niveau de vieillissement.
Nez : il y a de quoi faire! Sur le fruit, l’orange, le jus de canne, l’abricot confit, ça tire vers le réglisse-cachou, puis sur le tabac, la cannelle et le sucre roux. C’est concentré, confiné, ça demande pas mal de temps pour s’ouvrir. Le nez se « termine » sur des notes florales, le foin et les fleurs des champs.
Bouche : ça donne du café, du cacao, une légère amertume, mais loin d’être désagréable, ça tire vers les épices chaudes, on retrouve la cannelle et le tabac blond, le clou de girofle, et le réglisse. Des notes de bananes aussi. C’est globalement très équilibré, long en bouche, avec une belle rétro-olfaction. Très bon!
On se dit que c’est bien chouette d’attaquer avec quelque chose de ce calibre! On enchaine avec le Libération 2015 Full Proof : une production de Marie Galante, une fermentation longue, distillé en colonne par le spécialiste es distillation, Signore Capovilla, et vieillie 6 ans en ex fût de Sauternes. C’est gras d’aspect, ça colle au verre.
Nez : c’est confit, sur l’orange, le miel de fleurs, les bonbons au miel; de mémoire, c’est plus gourmand au nez du Libération 2012 FP. On tire sur le Xérès, le PX et les vins espagnols, voire le cuir. Ça s’ouvre ensuite sur le sous-bois, avec un côté végétale, mais c’est de plus en plus fondu.
Bouche : une attaque étonnement vive! Ça colle en bouche, on est sur le cachou, le café-toffee, avec des notes fumées, cuir, métallique, quasi whisky Speyside, un coté minérale. Sur la fin, ça tire presque sur l’huile d’olive. Globalement c’est très bon : perso je trouve ça peut-être moins équilibré que le 2012 FP de mémoire, mais plus abordable, ça me plait bien en tout cas!

La suite arrive tambour battant avec l’El Dorado Versailles 2002-15, et un bon 63° au compteur : je ne vous refais pas l’histoire de cette nouvelle série El Dorado. Elle vient après le changement de patron à la tête de DDL, et la reprise en main par la maison de ce segment de leur production, qui était auparavant partiellement écoulée en petit batchs sélectionnés et embouteillés par Velier. 2 remarques rapides:
- Il est issu du mythique alambic à repasse en bois Versailles, avec le mark VSG : c’est relativement rare, comparé aux multiples embouteillages de Port Mourant, Diamond et Enmore par ex.
- Il y aurait bien du sucre rajouté (peut-être sous forme de mélasse coulée dans le fût?), chose nouvelle en comparaison avec les embouteillages Velier. Question abordée sur le forum avant il me semble.
Nez : ça part dans tous les sens: on est sur la boite à cigares, la pomme, la banane, avec un côté à la fois foin/crin de cheval, et un coté acrylique/encaustique/waxy. Ca s’ouvre ensuite vers les épices, la cannelle et le curry-vadouvan.
En bouche : grosse claque, c’est concentré! Très mélasse, pas d’hydrocarbure, mais une grosse cavalerie de marc de café, de chocolat noir, de poivre, avec une forme d’amertume, qui donne ensuite du fruit, de la poire notamment. Ça me fait un peu penser à ces sculptures de bois taillées à la tronçonneuse : pas raffiné, mais puissant, concentré !
Perso la bouche me plait beaucoup plus que le nez. On se dit que ça gagnerait presque à être légèrement réduit (55°?), histoire de dompter & de cadrer un peu tout ça. Etonnant!
On termine par un autre petit monstre au nom qui rend fou les collectionneurs, en particulier pour ses derniers single cask : Caroni ! Ici dans sa dernière version, 17 ans de vieillissement tropical, embouteillée par Velier of course
Au nez : on trouve la colonne vertébrale Caroni, avec l’huile de moteur, le cuir & les notes d’hydrocarbures. C’est épaulé par des notes fruitées, de la mandarine, puis de la pomme/poire, quasi Calvados. Quelques notes végétales. C’est plus proche au nez du Libération 2015 que du Versailles 2002 : on retrouve ce côté Speyside avec des fruits secs et le côté cuir fondu.
En bouche : c’est fumé, chocolat, épais, peu alcooleux, très whisky, à l’aveugle on se ferait facilement avoir ! Genre Speyside : Hubert mentionne le Mortlach 20 ans Sherry cask pour ceux à qui ça parle, (moi pas encore…). C’est un poil moins complexe en bouche qu’au nez, mais l’alcool est très bien intégré. C’est très long en bouche, très rond, et assez équilibré globalement. Encore un Caroni qui se mâche et qui se mange en fait : à quand le Caroni qui se fume?
Au final, encore une belle soirée sympa ! Pas d’ordre de préférence cette fois-ci, vue la disparité du line up… Dégust’ toujours masterisée par le patron des lieux et avec plein d’amateurs pas avares de questions et d’avis. On attend la prochaine!



