laphroaig c moi a écrit : A quoi est dûe selon toi cette baisse de qualité ? On dirait que Springbank et Macallan connaissent un déclin parallèle, mais à mon avis pour des raisons différentes. Je regrette de ne pas être né 20 ans plus tôt...
Houla! Vaste sujet... Et ce qui suit n'est que mon opinion.
D'abord, je dirais que la notion de 'baisse de qualité' est assez relative. Si tu parles d'une baisse de qualité correspondant au goût des "connaisseurs auto-proclamés" comme nous, je suis d'accord. Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agit d'une baisse de qualité si l'on considère le goût des Chinois, par exemple... Et le marché extrême-asiatique, comparé au marché des 'connaisseurs' européens et américains, cela représente un autre poids économique !
A part cela, et en effet, je pense que le 'style' de beaucoup de distilleries, dont Springbank, a changé ces dix dernières années. Ou plutôt le style de leurs versions 'commerciales' (10 ans etc.) Cela est dû à la conjonction de plusieurs phénomènes à mon avis:
- Lorsque les vieilles versions ont été distillées, il y a 20, 30 ou 40 ans, le marché des single malts n'existait pas, ou plutôt il était minuscule. Tous les whiskies étaient distillés pour entrer dans des blends, un peu comme des 'ingrédients de cuisine'. Leurs styles étaient élaborés dans ce but (un bon exemple est Brora). Les rares versions 'single', souvent embouteillées soit sous license (G&M), soit par des indépendants (G&M, Cadenhead), soit juste pour des importateurs italiens (Giaccone, Samaroli, Pinerolo etc.) étaient donc réellement des 'sélections très soignées' parmis des milliers de fûts disponibles.
- Beaucoup de fûts de xérès, porto etc. étaient utilisés tout simplement parce qu'ils étaient disponibles en Angleterre, puisqu'ils étaient des contenants destinés au transports des vins embouteillés dans les pays de destination. De la récup'! Ils étaient donc peu chers mais certains étaient très bons.
- Depuis que le xérès, par exemple, doit être mis en bouteille sur place légalement, le prix de tels fûts a été multiplié par... au moins 10 (je crois).
- La proportion d'authentiques fûts de xérès de premier et de second remplissage utilisés a donc décru de façon très forte. Or ce sont ces fûts qui 'faisaient' les meilleurs malts - j'ai une préférence pour les 'vrais' fûts de xérès de second remplissage en ce qui me concerne, ils apportent une distinction incroyable aux malts (ah, les vieux finos chez Ardbeg!)
Pour résumer, je pense que la qualité du whisky en lui-même, tel qu'il sort des alambics, n'a pas baissé, au contraire. En revanche, la proportion de 'très bons fûts' disponibles par rapport à la taille croissante du marché a certainement baissé.
Les distillateurs et embouteilleurs en sont sans doute conscients, et les réponses à ce problème s'observent facilement:
- De plus en plus de 'finishings' (certains parlent de maquillage)
- La promotion tous azimuths des fûts de bourbon (Glenmorangie, Macallan, mais aussi sur Islay etc.) qui apportent des goûts plus simples qui plaisent aux débutants (genre vanille, bois et caramel).
- De plus en plus de versions tourbées, et de plus en plus jeune (Ardbeg etc.) pour les cohortes de plus en plus nombreuses des 'peatophiles'.
Je ne rentrerai pas ici dans le débat des 'causes secondaires' comme les variétés d'orge, de levure, la taille des 'middle-cut', le mode de chauffe des alambics etc...
Donc oui, Springbank est un bon exemple. De plus en plus de jeunes fûts de bourbon, de moins en moins de vieux fûts de sherry disponibles... Et voilà !
Désolé d'avoir été un peu long... (et Dieu sait que j'ai essayé d'abréger !)
Santé
PS: j'insiste, juste mon opinion...