Récupérée courant semaine dernière la dernière édition spéciale de chez Laphi, l'An Cuan Mor:

Je l'ai ouvert et goûté samedi midi, en guise d'apéro.
Déjà, j'ai été surpris en la déballant de constater que ce n'était pas un BdF. Faut dire que j'ai dégainé assez vite dés la newsletter reçue. J'ai juste vu que c'était une exclu FoL, le peu de descriptif du bousin semblait plutôt prometteur, et sachant que ce genre de truc reste très peu longtemps dispo, j'ai craqué sans prendre assez de temps pour réfléchir. Pi j'étais encore dans le trip du dernier Cairdeas ...
Deuxième source d'intérrogation, la lecture du descriptif sur l'emballage.
On nous explique que c'est un double maturation, tout d'abord dans des first fill barrels stockés dans le chais contre le mur directement exposé à l'océan. D'ou son nom, "An Cuan Mor" voulant dire apparemment "plein océan".
On se dit donc qu'on va avoir à faire à un whisky très marin, avec de la fraîcheur, de l'iode, du sel, etc ... Sorte de super Bowmore Mariner à la sauce Laphie ...
La deuxième maturation est en fut de sherry, semble-t-il d'après la descritpion. Et la, ça promet un truc des plus intéressant, du sherry/peaty/maritime, ça ne peut que détonner ....
Sauf que non, rien qu'à la description du profil sur la contre étiquette, il est bien question de la tourbe typique de laphie, du miel et de la vanille du barrel, de l'abricot et raisin sec du sherry cask ... Ben et il est ou le côté marin ???
Bref, trêve de théorie, j'attaque la dégustation, et là ...
La robe est plutôt vieil or (logique pour un bourbon/sherry).
Au nez, rien de bien révolutionnaire. On sent bien la tourbe, un note sucrée, qu'on pourrait effectivement rapprocher à du miel, mais pour ce qui est des notes vanillées promises ??? Et je ne parle même pas de quelconques notes qui révèleraient un passage en sherry cask. Ils sont ou les abricots et raisins secs promis ???
Bref, c'est tout sauf complexe.
Après, ça n'a rien de mauvais, c'est même" flawless", un bon piège à peatfreak, mais on est en droit d'en attendre beaucoup plus.
En bouche, ben c'est un peu pareil. La tourbe, ok, y'an a. De la grasse un peu entêtante, dénuée de finesse, envahissante et presque écœurante. Pi de l'amertume aussi. Beaucoup, vu le profil. Du bois quoi. Pi un côté épicé piquant, mais qui n'est ni du poivre (quelque soit sa couleur), ni du gingembre. Ni du picotant d'alcool, d'ailleurs. Juste du "kipik". Un côté saponifiant en prime.
Et la finale ne relève pas le niveau.
Encore une fois, on pourrais croire à un malt catastrophique à me lire, mais il n'en est rien. C'est juste que c'est très classique comme profil, et que j'en attendais bien plus à la lecture du pedigree officiel.
Du coup, j'ai voulu le replacer dans une sorte de contexte, au sein de la production récente officielle de Laphroaig.
Concevoir une sorte de verticale représentative et comparative, ça a été le côté le plus amusant. N'ayant plus que (pour l'instant), 6 "Cool" C&S, il a fallut que je fasse un tri parmi tous les Laphies officiels que j'ai.
Ça m'a permis de comprendre que la production officielle de cette distillerie de ces dernières années est en quelque sorte scindé en plusieurs "gammes":
- La gamme "standard", constituée du 10 yo et du 15yo remplacé depuis quelques années par le 18yo. Tous dilués à des degrés divers, et sans indication de fut, mais vraisemblablement des Bourbons Barrels.
- La gamme des 10yo CS, qu'ils soient green ou red stripe, ou simplement CS ces dernières années. Tous brut de fut et Bourbon Barrels
- La gamme des expériences de multiples maturations: Quarter Cask, Triple Wood, PX. Tous à 48°.
Reste enfin les Cairdeas qui sont des ovnis évènementiels, dirons-nous.
Et c'est donc bien dans la logique de la troisième gamme que cet An Cuan Mor s'inscrit.
Du coup, je l'ai fait suivre dans l'ordre par le Quarter Cask, le Triple Wood et le PX.
Le QC est incomparablement plus doux et rond que cet ACM. Aucune trace de boisé, il est extrêmement fondu, au point de glisser vraiment tout seul, mais avec un certain manque de personnalité.
Le Triple Wood apporte un sérieux mieux, on sent clairement son passage en fut de sherry. Plus de caractère que le QC, mais tout autant de rondeur et de fondu. Du fruit en plus. On cherchant bien, on commence à sentir un léger boisé amer, mais c'est ci plutôt un avantage, ça charpente le profil.
Le PX est finalement une alternative au TW. Ça marche pareil, sauf qu'on sent bien que le type de sherry est différent. Le boisé est infimement plus présent, mais c'est encore positif.
J'ai voulu pousser le comparo à l'extrême et j'ai clos ce set sur mes deux Cairdeas.
Le 12yo 2009 pour commencer, qui n'a aucune indication d'un bricolage de fut, et qui dés le premier contact montre bien qu'il n'est pas du tout de la même famille. C'est en fait un genre de 10yo CS, en plus posé, plus fondu, un poil plus complexe et moins vif que la famille des 10yo CS. Logique. Afin de pourvoir vraiment comparer au mieux, je l'ai dilué plusieurs fois, histoire de le rapprocher des 48° de la gamme "multi-maturation". Force est de reconnaitre qu'il nage très bien, et ne se laisse pas faire par la flotte. Tout juste si à la fin de cet exercice commence-t-on par voir l'amertume du bois apparaître.
Et enfin, la Cairdeas Port Wood. Et lui par contre montre une évidente parenté avec cette gamme multi cask. Certe, le porto n'a pas tout à fait le même apport qu'un sherry, mais quand même, on sent que ça marche un peu pareil. Reste que lui aussi résiste de belle manière à mon exercice de dilutions répétées. Et là aussi, on sent le boisé amer apparaître, mais peut-être un peu plus rapidement que le 12yo 2009, et avec une âcreté qu'on retrouve à divers degrés dans toute cette gamme multi casks.
Bref, cet An Cuan Mor est un représentant indéniable de la gamme "maturation multiple" de Laphie. Mais il manque de la maîtrise, de l'équilibre, de la rondeur, du fondu de ces grands frères (Quarter Cask, Triple Wood, PX). Ceci dit, on peux également formuler ça en disant qu'il est moins policé, qu'il a plus de caractère, et en particulier comparé au QC.
Il faut bien comprendre que si mon commentaire semble négatif, cela reflète surtout ma déception car je m'attendais à quelque chose d'original, de surprenant, de décalé. Ce qui me manque le plus, au vu de son histoire, c'est de na pas retrouver le côté maritime que son nom, et sa position dans le chais, aurait pu (aurait du ?) lui procurer.
Reste aussi que je ne suis pas fan du tout d'amertume.
Mais c'est honnêtement un whisky plutôt bien ficelé, qui plaira à ceux qui recherche un Laphi un peu boisé et épicé, et dénué des notes agrummiques qu'on retrouve dans la gamme "standard" et dans les CS (ou le Cairdeas 12yo 2009).
Et c'est d'ailleurs un autre apprentissage de cette dégustation: l'un des points communs des ces multiples maturations, c'est que ça fait disparaitre ce fameux côté agrumme si caractéristique de cette distillerie.
Et ça, à mon goût, moi qui raffole à peu près autant de l'acidité que je sature très vite avec l'amertume, c'est une grosse perte.
S'il fallait donner une note à cet An Cuan Mor, je pense que ça irait chercher du 86/100.
Du coup, reste LE gros problème de ce whisky: son prix. Parce que FdP inclu, àa frôle quand même les 100€, c't'histoire là.
Espérons un miracle dans les mois à venir, en laissant faire l'ouverture.