Ce week-end, face à face entre deux Ben Nevis.
Deux adolescents (14 et 15 ans), nés la même année (1992), issus de la même collection (CS Collection) du même embouteilleur (Signatory). Beaucoup de points communs, donc, et pourtant deux expressions totalement différentes, comme nous allons le voir.
Pour les années de mise en bouteille, numéros de fûts, nombre de bouteilles, types de fûts, et tout et tout, je laisse à Lagaphroaig le soin de nous fournir toutes les infos qui ne tenaient pas sur les étiquettes de ces deux premiers samples issus du colis qu'il m'a envoyé et que je commence à "liquider"

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Ben Nevis 14yo 1992 (55.8%, Signatory Cask Strength Collection)
Couleur : or très pâle
Nez : Un incontestable air de famille avec le Cadenhead 1990/2005, mais avec 10 degrés de moins, il est nettement plus civilisé ! Démarre sur les mêmes vapeurs entêtantes de champagne éventé, de distillats blancs "austères" (coing, abricot, marc de gewurz, folle blanche) et de notes kirschées. Quelque chose de très végétal (céleri, genièvre, gentiane). Puis se développe sur des notes plus douces de beurre rance, de crème solaire parfumée. Egalement un peu de gomme neuve et d’assouplissant. Se fait agrumique. Demi citron oublié dans la porte du frigo. Une réelle complexité, mais pas vraiment sur mon territoire de chasse. Un filet d’eau libère d’évidentes notes de café au lait qui équilibrent bien les notes vineuses entêtantes du premier nez.
La bouche est d’abord assez douce, vanillée, avant de revenir sur les agrumes. Devient ensuite étrangement aigrelette et pétillante. Pas de mauvais bois là-dedans, et pourtant une drôle d’astringence pétillante, presque ludique. Après s’être arrondie sur des arômes de caramel léger et de fruits mûrs, la bouche se fait plus salivante et gagne en amertume, signant une finale sur l’endive et le fenouil à la croque-sel.
Une multiplicité d'arômes intéressante, mais pas vraiment sur le périmètre que j'affectionne,
ce qui bloquera le compteur à 82.
Ben Nevis 15yo 1992 (56.6%, Signatory Cask Strength Collection)
Couleur : or pâle. Un poil plus soutenu que le 14yo.
Nez : Tout de suite plus de douceur que dans le 14yo. Le côté "rooty" qui me génait dans le 14yo est beaucoup plus discret. Mais c’est pas là que ça se passe. La vraie surprise, elle se produit au bout de quelques instants d’aération, quand une bouffée de fumé (sans "e") jaillit du verre. Jambon fumé, chips au goût bacon, lard maigre, piment d’Espelette en poudre (oui, c’est plutôt ça). Tout le reste passe au second plan. Pourtant y’a autre chose au second plan : du caramel au vinaigre (comment, vous ne saviez pas ? Toujours mettre une goutte de vinaigre quand on prépare un caramel !), du chocolat noir aux éclats de café… Un profil beaucoup plus « sombre » que le 14yo.
L’attaque est beaucoup plus ronde et douce que celle du 14yo. Plus grasse aussi. D’abord sur le caramel au chocolat, et la suavité d'un chocolat fourré à la pâte de noix, la bouche est vite rattrapée par cet étonnant fumé étrange venu d’ailleurs (toujours le piment d’Espelette, mais aussi de la sauce de soja, et de la bonne tourbe grasse… si si…). Ce goût fumé domine la bouche et fait de ce whisky l’une des choses les plus étranges qu’il m’ait été donné de gouter ces derniers temps. Et avec une goutte d’eau, l’équilibre est phénoménal.
La finale est longue, persistante, savoureuse, très satisfaisante.
Une différence de profil étonnante pour deux embouteillages présentant pas mal de points communs. Et un 15yo qui l'emporte haut la main, gagnant largement en originalité et en plaisir immédiat ce qu'il perd en complexité.
Et qui mérite bien 4 points de plus. 86.