Ce fut également pour moi l'un de plus grands moments whiskesques que j'ai vécu à ce jour.
Peut-être certains ici sont plus coutumiers du fait, mais en ce qui me concerne, côtoyer, et discuter avec, des personnages comme David Steward et Jacques Génin, ça ne m'est pas arrivé très souvent, mais alors deux en même temps ...
Sans parler de l'excellente conduite de la soirée par Philippe (rare&collectors) et Damien (talisker84), et la présence d'Alexandre Vingtier.
En préambule de la dégustation proprement dite, David Steward nous a rappelé sa "petite " carrière chez Glenffidich et Balvenie.
C'est toujours assez étonnant d'entendre quelqu'un parler de ses souvenirs professionnels remontant à des dates antérieures à sa propre naissance (quand on est soi-même il y a "quelques" décennies).
La dégustation s'est déroulé en trois actes, chaque whisky accompagné de sa pâtisserie/confiserie "appairée", entrecoupés de deux entractes avec juste des pâtisserie, histoire de refaire le palais.
Le bouteilles et pâtisseries/confiseries ont été dévoilées au fur et à mesure, les pâtisseries étant présentées sans commentaires afin de déguster sans idées préconçues, les ingrédients étant révélés après chaque étape.
Le starter place déjà haut la barre, puisqu'il s'agit d'un des premiers batch (bottle c2005) du
21yo Portwood. Ca doit être la troisième fois que j'ai l'occasion de le gouter (vers 2008/2009, puis vers 2010/2011 en FtF avec le dernier batch de l'époque), et j'ai du depuis en gouter un batch récent. C'est toujours un bon whisky, raffiné, ou l'apport du finish en fut de porto, s'il est indéniable, est toujours très subtil. Toutefois, les premiers batches étaient un cran au-dessus en finesse et complexité par rapport à ce qui se fait maintenant. Ah, et dire qu'à l'époque, je trouvais ça un peu cher et que j'ai toujours temporisé l'achat, quand on voit le prix que ça atteint maintenant. En accompagnement, un chocolat fourré avec plusieurs agrumes (mes souvenirs ne sont pas meilleurs que Jean-Christophe), qui évoquait le sarment, mais incroyablement plus complexe, plus fin et à la fois plus dense. Nous avons été surpris par la justesse de cet accord, mais plus encore par l'émulation progressive, chaque gorgée magnifiant la bouchée suivante qui elle-même amenait la gorgée suivant à un niveau supérieur. Ce phénomène d'émulation sera d'ailleurs une constante tout au long du set, à une exception.
La deuxième étape fut une alliance entre un
10yo Founder's Reserve embouteillé au début des 80's (assemblage de first fill bourbon, refill bourbon, et refill sherry) et une pâte de "fruit" très étonnante. Ce whisky est tout en délicatesse et finesse, l'apport du sherry cask apportant une différence perceptible avec les Balvenie full bourbon. Au miel vanillé typique de la distillerie vient s'ajouter une corbeille suave et légère de fruits rouges. Une belle fraicheur malgré la trentaine d'année en bouteille. Nous avons eu du mal à identifier l'ingrédient de la pâte de fruit, le côté sucré acidulé nous aiguillant sur du fruit, mais avec une composante un peu légumineuse, étrange et étonnante, mais savoureuse. J'ai pensé à du cédrat, d'autre on évoqué le cèleri, subodorant le piège. Au final, cet ingrédient mystère s'est avéré être du fenouil. Nous avons été plusieurs à être étonné de ne pas percevoir la note un peu anisé de ce légume. Mais comme il y avait du rab, j'ai pu regouter, sans le whisky et en une seule bouchée, et là, est-ce les circonstances différentes ou l'effet psychologique de savoir ce que c'est, mais le fenouil était bien évident.
Je crois que c'est à ce moment que survint le premier entracte. Choix cornélien nous a été proposé entre un cheesecake sur un biscuit de chocolat et un gâteau au chocolat comportant quelques chose comme 5 couches d'expressions différentes de chocolat (biscuit croquant, ganache, mousse, génoise, nappage, et de tuiles de chocolat pur). J’optais pour ce dernier, tout simplement fabuleux. Incroyable mariage des textures et des saveurs. Les tuiles en particulier à base d'un cacao très fruité, au point de développer de nettes saveurs de framboises en bouche. Évidemment, voulant jouer les becs fins, je n'ai pas osé gober ce gâteau tout entier, et je me suis tartouillé le pif de chocolat, déclenchant l'hilarité de mes deux voisines. Monde cruel.
Apparemment, si j'en crois les soupirs d'aises de ceux qui l'avaient choisi, le cheesecake avait l'air pas mal non plus.
Le deuxième acte commença sur l'union heureuse d'un
Balvenie "Classic" et d'un chocolat fourré d'une ganache pistache.
Si j'ai bien compris (mon anglais, en plus d'être rouillé, étant loin du niveau de celui de Jean-Christophe)ce whisky serait un vatted malt de futs de 8 et 18 ans bourbon et sherry. Je lui ai trouvé un profil très similaire au Founder's Reserve tant au nez qu'en bouche, mais en mieux partout. A la fois plus fin, plus complexe, plus évolutif, plus fruité, plus expressif. La ganache de pistache est quand à elle une tuerie. La pistache est d'un telle densité, avec un tel gras (dans le bon sens), que j'ai franchement cru que c'était un mélange foie gras/pistache. Tout bonnement incroyable.
Nous avons poursuivis avec une petite incursion du côté des IB, très rare en
Balvenie, avec un
SV 15yo 57.1%, 1974-1990, cask #18103-18130, 2500 bottles, 75cl accompagné d'une sorte d'un patte de caramel de fruit au cassis. Pour moi, ce whisky fut le meilleur de cette soirée. Une pleine corbeille de fruits, abricot, pèche de vigne, cerise, pâtissier et bien sur, du miel, même si ici, il ne s'exprime pas tout à fait comme de coutume chez Balvenie. Le degré d'alcool lui amène de plus grande puissance, expressivité, longueur en bouche et finale, mais sans aucune once d'agressivité. Cela reste toujours assez fin, précis, complexe et asses homogène, équilibré. La patte de fruit caramel releva sans problème le défit lancé par la puissance de ce whisky, rivalisant sans mal en terme de densité, de puissance aromatique et d'expressivité.
Il était alors temps pour un deuxième entracte qui nous fut proposé sous la forme d'un choux à la crème de vanille de Madagascar et d'une tartelette aux cerneaux de noix dans un mélange de miel de châtaigne et de caramel au beurre salé. La crème vanille régalait rien qu'au regard, avec sa belle robe jaune persillée de grains de vanille noirs. Et en bouche, c'était encore une fois excellent.
Mais le clou de la soirée vint avec la tartelette. L'association du miel de châtaigne et du caramel au beurre salé est une tuerie ultime, rien moins que ça, tant la fusion, l'équilibre et l’homogénéité de ces deux composantes est absolument parfaite, l'une et l'autre se complétant à merveille pour donner un ensemble unique. Incroyable.
Nous avons clos ce festival avec un whisky exclusif puisque directement tiré d'une des futs composant le dernier batch du TUN 1401, un millésime
78 élevé en
bourbon barrel, associé avec ce que je pense être un chocolat fourré au réglisse. J'ai commencé par gouter le whisky seul, et celui-ci m'a beaucoup plus tant au nez qu'en bouche dans un premier temps tant il arrive à la fois à exprimé la typicité Balvenie, avec notamment cette note de miel si particulière, accompagnée de belles notes de fruits jaunes, mais avec la puissance d'un brut de fut et la maturité d'un 36yo. Le chocolat était très bon, et la réglisse ne faisait pas semblant. Très plaisant en soi, mais peut-être un peu moins topissime que ce qui nous avait été proposé auparavant. Faut dire aussi que le niveau était tellement élevé. Mais là ou ça s'est un poil gâté ('fin, n'exagérons rien quand même), c'est au gorgées suivantes de whisky. Est-ce l’interaction avec le chocolat réglisse, ou est-ce du à l'ouverture dans le verre ? Toujours est-il que, si le nez restait très beau, la bouche, surtout le fin de bouche et le début de final s'est progressivement fait envahir par de l’astringence et une note boisée de plus en plus amère. Bon, après, je chipote un peu quand même, ça n'en reste pas moins un très beau whisky que je pourrais accepter dans ma collection avec beaucoup de plaisir.
J'ajouterais à tout cela, en plus de la bonne ambiance et de la bonne humeur de la plupart des convives, non seulement l'intérêt des commentaires de David Stewart sur chaque bouteille, mais aussi et surtout la présentation par Jacques Génin de ces différentes créations, ponctuée de nombreuses anecdotes toutes aussi savoureuses et croustillantes que ce qui nous a régalé tout au long de la soirée comblant ainsi nos 5 sens.
Cerise sur le gâteau (forcément), la soirée s'est terminée un peu avant 23h30, et les différents transports se sont très correctement enquillé sans attente excessive aux correspondances, me permettant un retour dans mes pénates un peu après 1h00 du matin.
La perfection (ou peu s'en faut) peut parfois donc bien être de ce monde.
